Christophe Saurin (CS) travaille depuis 20 ans pour la Fédération Agirc- Arrco. Manager de 12 personnes, il est responsable de plateforme de développement et du Socle Logiciel Applicatif. En parallèle, Christophe dispense des cours dans l’école informatique L’Exia Cesi.
Après un bac économique et social, Hugo Louvet (HL) a continué par un BTS Service informatique et Organisation. Il suit depuis 2019, une formation de Responsable en Ingénierie des logiciels à l’école L’Exia Cesi et en alternance à la Fédération Agirc-Arrco.
Ils forment aujourd’hui un duo de tuteur-tutoré : un duo d’avenir.

Pourquoi avoir choisi la voie de l’alternance ?
HL : J’ai choisi l’alternance parce que le rythme scolaire avec des journées de 8 heures de cours toute l’année, ne me convenait plus. J’avais envie de vraiment travailler et monter en compétences sur le terrain. J’ai donc intégré la Direction Technique Informatique et plus précisément l’équipe de la plateforme de développement (PFD), autour de toutes les grosses applications Agirc-Arrco comme la DSN par exemple.
CS : Je suis devenu tuteur ayant été moi-même alternant. Ce mix de théorique et de pratique vous met directement dans le bain de l’activité professionnelle. Une confrontation à la réalité, aux objectifs d’entreprise : qu’est-ce qu’une date de livraison… le monde du travail.

Quelles sont les compétences requises pour vos fonctions respectives ?
CS : La fonction de tuteur se rapproche beaucoup du management : l’écoute, le droit à l’erreur, l’envie d’accompagner, de former… de donner un cadre.
HL : Au début quand on arrive dans une entreprise c’est un peu compliqué, il y a beaucoup de travail car il faut mener de front les projets scolaires et l’apprentissage en entreprise. Il faut développer son autonomie, ne pas hésiter à communiquer avec ses collègues. Il faut faire les tâches qu’on nous demande sans toutefois avoir peur de demander de l’aide si l’on rencontre des difficultés et profiter de l’expérience et des compétences de l’équipe pour monter soi-même en compétences.

Avez-vous suivi une ou des formations spécifiques en tant que tuteur ou alternant ?
CS : Afin d’exercer ma fonction de tuteur j’ai suivi une formation de deux jours. On revoit les bonnes pratiques dans l’exercice de ses fonctions managériales. Ce qui permet de nous interroger sur nos processus d’accompagnement du nouvel arrivant. La partie vraiment majeure que j’ai retenue, c’est le lien avec l’école. J’avais oublié que l’alternant avait des objectifs pédagogiques et j’ai un peu trop rapidement considéré que c’était une ressource comme une autre. Pour recadrer ma mission, j’ai eu un entretien avec le maître d’alternance, côté école, afin que nous balayions ensemble la grille d’évaluation pédagogique liée au projet.
Cela a fait complètement le lien et nous a permis de réfléchir sur les éléments qu’Hugo avait déjà acquis, afin de dégager du temps pour certains autres, notamment la gestion de projet.
HL : J’ai eu une présentation du régime de retraite puis une journée de formation à Paris nous présentant les différentes directions avec leurs activités principales ainsi que les différents services et les outils utilisés. En plus j’ai pu bénéficier d’une formation en distanciel pour découvrir les applications et un accès à UDEMY pour suivre des formations en ligne sur différentes technologies. Le cadre de l’entreprise est totalement différent du scolaire. Les exemples sont plus parlants, cela me permet de progresser et d’évaluer mes compétences via le tableau de compétences à acquérir dans le cadre de mon cursus.

Selon vous, quels sont les points forts de l’alternance ?
HL : Pour un alternant, le point le plus positif, c’est l’expérience. Sur l’année écoulée, mes compétences ont beaucoup augmenté, notamment sur la qualité de production. Je m’explique : en classe, on vous demande de coder un programme, on produit pour produire, c’est tout ! En entreprise, on le fait, mais on cherche à l’améliorer, à le rendre compréhensible, lisible par tous, on doit produire en qualité. Le relationnel est aussi très important, ainsi que le développement de l’autonomie et la constitution d’un réseau professionnel.
CS : Pour un recrutement futur, c’est très intéressant car l’entreprise doit embaucher des jeunes et le cadre est rassurant. Pendant ses études, pas d’obligation de résultat, l’alternant est là pour apprendre et cela permet de voir comment il évolue, de suivre sa courbe de progression… on voit son savoir être. De ce fait au bout des 2 ans on peut raisonnablement se projeter pour la suite. C’est une capitalisation à tout niveau.
Accueillir des alternants permet de créer une dynamique de renouvellement, de questionnement de nos pratiques via leurs rapports d’étonnement.

Pour vous, quelles sont les contraintes de l’alternance ?
HL : C’est beaucoup de travail car il faut mener de front les projets scolaires, l’apprentissage en entreprise. Il faut savoir bien cloisonner les espaces où l’on se trouve dans le moment présent (école, entreprise, week-end…). Il est important de se ménager du temps pour déconnecter.
CS : A mon sens, il n’y a pas de vraie difficulté dans la fonction tutorale. Pour ma part, je ne mets jamais un alternant sur une activité sensible. Le droit à l’échec ça se prépare. La seule contrainte à gérer, c’est d’être vigilant sur les deux tiers de présence qu’il faut planifier en fonction des objectifs. Par moment on oublie !

En tant que tuteur, souhaitez-vous continuer dans cette fonction ?
CS : Pour moi qui suis manager et aussi enseignant au Cesi, je trouve la fonction de tuteur naturelle. J’ai envie de transmettre tant au niveau du savoir que du cadre, même si cela demande un investissement plus important et personnel.

A votre tour envisagez-vous de devenir tuteur dans votre futur professionnel ?
HL : Lorsque j’aurai acquis de l’expérience dans mes futures fonctions et que je me sentirai capable d’apporter quelque chose à des étudiants, ça me plairait énormément d’endosser aussi la fonction de tuteur. C’est toujours enrichissant d’échanger avec des étudiants. Christophe, m’en parle souvent : la diversité des profils, leur regard sur les méthodes de travail ou sur l’entreprise… Et il y a le côté pédagogue également.

* Cette interview a été publiée dans l’Enquête Formation 2020

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